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Note d'intention

// Genèse
Née dans une famille de musiciens dans l’Avesnois, je commence le violon à l’âge de 6 ans dans l’école de musique de mon père, puis naturellement, je continue mes études de musique classique au CRD de Valenciennes puis au CRR de Lille, où j’obtiens mon Diplôme d’Études Musicales en 2007. Curieuse de découvrir d’autres musiques et de sortir du contexte “classique”, c’est dès mon arrivée à Lille que je fais des rencontres déterminantes pour mon avenir musical.
D’abord avec Vincent Leutreau aux ateliers de violon irlandais du CRR, puis avec Christophe Declercq, violoniste et fin connaisseur des musiques traditionnelles du centre france, Dylan Gully qui m’entraine dans les bals folk de la région, Benjamin Macke grâce à qui je participe plusieurs fois aux assises et réunions du CPMDT (Collectif d’artistes Professionnels des musiques et danses traditionnelles) et rencontre des musiciens érudits tels que Jean François Vrod, Marc Anthony, Miquèu Montanaro, Alain Savouret, René Zosso, Catherine Perrier…
En me professionnalisant, je suis amenée à faire de nouvelles rencontres toujours riches en échange et en partage. Je rejoins ainsi plusieurs formations qui me font découvrir encore d’autres cultures musicales, celle du Tibet et du Moyen-Orient, suite à la création de Kyab Yul-Sa avec Lobsang Chonzor (artiste tibétain) et Julien Lahaye (percussionniste spécialisé en musique du Moyen-Orient), celle des juifs ashkénazes avec les Bubbey Mayse, de Turquie avec Zeyli Neyli, et aussi celle de Scandinavie avec Martin Coudroy et Aurélien Tanghe.
Toutes ces musiques m’inspirent et nourrissent mon imaginaire. C’est aussi à travers ces collaborations et ces rencontres que mon jeu de violoniste s’enrichit de toutes ces influences.
Ce jeu qui m’est propre, j’aime le mettre au service de nouveaux projets artistiques dans le but de créer une effervescence transculturelle, distillant ingrédients et saveurs glanés au fil de mon parcours.
Aujourd’hui apparaît le besoin de créer, de composer ma propre musique, de raconter l’histoire de toutes ces rencontres. Quelle musique suis-je capable d’inventer? Quelle est donc cette musique qui n’appartient qu’à moi, témoin fidèle de ce que je vis et ai vécu?
De mon point de vue, il était important pour répondre à ces questions de m’isoler plusieurs jours et, dotée de mon bagage musical, de partir en exploration avec pour seul but, de laisser libre cours à mon imagination. La première phase d’écriture s’est passée en septembre 2018, dans un logement d’artiste de la commune de Féron (59), village accueillant le festival “Féron’arts”. Il était important pour moi de passer ce premier temps dans ma région natale, l’Avesnois, afin de retrouver mes racines et de m’imprégner du territoire.


// Collectage
Depuis les années 70, le territoire français a bénéficié d’un gros travail de collectage, en centre france et en bretagne surtout. Dans le Nord de la France, et notamment dans la partie flamande, le renouveau de la musique traditionnelle dans les années 1970 n’est pas le fait d’un leader bien identifié comme par exemple Alan Stivell a pu l’être en Bretagne mais d’une poignée de passionnés. On dispose d’un ouvrage de référence qu’est le « Chants populaires des flamands de France » d’Edmond de Coussemaker dont l’édition originale date de 1856. Malheureusement, il n’y a pas eu de quête d’identité semblable dans d’autres territoires de la région comme l’Avesnois.
Cependant, certains ouvrages, notamment en Cambrésis avec Chants et chansons populaires du Cambrésis (1864) d’Achille Durieux et d’Adolphe Bruyelle témoignent d’un patrimoine musicale important. On y retrouve des chants en commun avec les provinces du Hainaut et de l’Artois, provinces limitrophes du Cambrésis.

Les chants qui y sont répertoriés sont autant de chants d’amour, de fêtes (Saint-Jean, carnavals…), de travail, et de nourrices qu’on peut imaginer retrouver sur le territoire du Hainaut où se trouve l’avesnois. Du côté de la Belgique, on peut également cité Chansons populaires de l’ancien Hainaut, d’Albert Libiez où l’on retrouve des chansons de villages proches de la frontière française actuelle.
Originaire de l’Avesnois, et ma famille y étant installée depuis plusieurs générations, il est logique qu’à l’instar de mon intérêt pour les musiques d’autres pays, je sois également curieuse de la musique venant de chez moi.
Ces premières résidences à Féron dans l’avesnois, les rencontres que j’y ai faites et les échanges que j’ai eu avec la Chambre d’eau à Le Favril m’ont donné envie de faire quelques recherches sur le patrimoine musical de la région.
Nous savons que ce type de recherche nécessite énormément de temps et de patience pour un résultat parfois en deça des espérances. Des collecteurs dans d’autres régions ont parfois passé leur vie entière à faire ce travail de collectage.
Il est question ici plutôt d’un cheminement personnel, en rapport avec le projet de création L’Euphonie des Coquecigrues.
Dans ce contexte de création personnelle et de retour aux sources, un deuxième axe de travail a vu naturellement le jour. Mon intérêt pour les musiques traditionnelles m’a amené à faire quelques recherches sur le patrimoine musical de l’Avesnois. La Chambre d’eau (Le Favril) m’a soutenue dans cette démarche et m’a accueillie pour deux semaines de résidence en juin 2019.

Le travail se découpe en plusieurs étapes :
- un premier temps en amont de recherches sur les ouvrages déjà écrits autour de l’ancien Hainaut et des provinces limitrophes.
- un temps de résidence sur place pour rencontrer les différents interlocuteurs potentiellement sources d’informations (Écomusée de Fourmies, musiciens locaux, personnes ressources…)
- un temps d’analyse et d’état des lieux suite à cette période de recherche et l’ouverture possible vers un travail plus approfondi..


Suivi du travail de recherches et collectages
fiddling.wixsite.com/musiqueavesnoise

// Création
Après une prise de recul nécessaire, motivée par la réécoute du travail enregistré et les résultats des recherches, j’ai décidé de faire de cette expérience solitaire un projet collectif qui aurait pour ambition de porter cette musique sur scène.
J’ai souhaité inviter pour cela des musiciens avec qui j’ai l’habitude de jouer mais également des musiciens que j’avais tout simplement très envie de rencontrer. Cet ensemble sera donc composé d’un hardanger d’amore, de deux violons, et d’une viole de gambe.
 

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